jeudi 19 novembre 2009
mercredi 18 novembre 2009
Azertyuiop, tu baises ?
Fut un temps préhistorique, il y a à peu près deux ans et demi, où on écrivait des mails ou des messages comme on écrivait des lettres. Formules de politesse, bonjour, merci, à bientôt. Puis on se relisait. Maintenant, le mail, pro ou perso, est une version à peine plus civilisée que le texto. Sans parler du comz facebookien (héhé, tssss, tavu, connivence, connivence, mon esprit n'a pas à faire ses preuves ici) et du tchat où on écrit plus vite qu'on pense. La plupart des messages un peu développés et correctement écrits que je reçois sont des newsletters.
Bref, frappe rapide ou avec l'option moufles sur iPhone (sucks), absence de relecture, la communication écrite sur le Net n'est pas loin de la communication orale, à l'instinct. Un floutage des genres encore accentué par ce "concept": le lapsus du clavier. Prendre un mot pour un autre, se tromper de lettre parce qu'on écrit trop vite. Le plus souvent, évidemment, le lapsus numérique dit des trucs de sexe alors que tu es en train de discuter jardinage (rare), travail, musique ou sexe (dans ce cas, c'est pas grave on s'en fout). La faute à cette frappe en mode écriture automatique. Mes doigts sont maladroits, je suis dyslexique du clavier, je m’emmêle les touches. Et du coup, mon inconscient numériquement assisté n’arrête pas de me foutre la honte.
Dans le même ordre d'idée, essayer de faire passer pour autre chose qu'un acte manqué l'envoi d'un mail à un autre destinataire que celui prévu au départ peut se révéler assez embarrassant. J'en perds la rison.
dimanche 15 novembre 2009
vendredi 13 novembre 2009
Qu'est-ce que je peux faire, je sais pas quoi faire
Enid Coleslaw est l'héroïne que j'aurais aimé avoir quand j'étais ado. Le problème c'est que quand j'étais ado, Enid n'existait pas. Le deuxième problème c'est que quand j'étais ado, je n'avais pas d'héroïne, je préférais les héros. C'est à eux que je m'identifiais. A bout de souffle, j'imitais le geste de Belmondo imitant Bogart se passant le pouce sur les lèvres. Donc Enid est mon héroïne d'aujourd'hui, décrochée de mon adolescence. C'est aussi celle de la BD Ghost World de l'Américain Daniel Clowes. Le livre est sorti en 1999 en France, Clowes a commencé à dessiner ses aventures en 1993. Et je les ai lues cet été. Ce n'est pas une découverte, histoire, narration ou graphisme, ce bouquin est un chef-d'œuvre. Mais ce n'est pas ça que j'ai envie de raconter.
Enid a une amie, Rebecca Doppelmeyer. Seules contre tous, elles viennent de terminer le lycée, errent plus qu'elles ne vivent dans une ville moyenne américaine. A leurs yeux, les autres sont tous des freaks, les derniers des ringards et des bizarros, les autres c'est toujours pire. Elles détestent le monde entier. Les filles de leur âge (ces "poufiasses") sont des attardées et des prétentieuses qui pensent qu'elles font la mode parce qu'elles ont entendu parler de Sonic Youth, les mecs avec qui elles arrivent à sortir sont des minables, et les types qui comme elles passent leur temps au café, des minables aussi. Et les moins ringards des ringards sont des ringards quand même. Les vieux sont des adorateurs de Satan, des extraterrestres ou des pédophiles. Les parents, ahaha, vous plaisantez j'espère, ils ont raté leur vie, comme tous les autres. Elles sont mauvaises comme on peut l'être à 18 ans (et plus si affinités). Elles ont l'âge des possibles et l'avenir devant elles. Et en sont terrifiées.
Elles disent des trucs définitifs comme "Quand t'as des seins géants, t'as pas d'autre choix que d'être une pute". Les coups volent. Celle qui livre: "Quelquefois je me dis que c'est la frustration sexuelle qui me fait péter les plombs", se prend dans les dents: "N'as-tu jamais entendu parler du miracle de la masturbation?"
Un jour, Enid décide de vendre à la sauvette dans la rue son bazar d'enfant, peluches, 45 tours, bouquins, poupées, vieilles fringues. Vide-grenier pour en finir avec tout ça, l'enfance c'est nul. Finalement elle abandonne son stand pour suivre les adorateurs de Satan au supermarché, c'est plus intéressant, puis pour bavasser au café, c'est la vraie vie. Retour chez elle. Sueurs froides. Course vers le stand au clair de lune. Ouf, son mini culbuto tout moche avec une tête de patate est toujours là, rescapé. Gouttes d'effroi de la petite fille qui a failli laisser filer son jouet préféré. Pleurs plus tard en s'enroulant dans de vieilles chansons qu'elle écoutait gamine et que lui a retrouvées son père.
Pour l'expérience, elles vont au Huba Huba, "l'authentique" établissement fifties dans la zone commerciale, le "joyau des cafètes minables". Elles répondent à une petite annonce et donnent rendez-vous à un rouquin l'air perdu qu'elle laisse poireauter, un bouquet à la main dans le resto qui se la joue nostalgie. Elles pensaient bien se marrer. Même pas.
Au sex shop Adam's II, Enid s'achète le masque en latex de Catwoman et se balade tout le temps avec dans la rue. "Je ne vois aucun mal à ce qu'on reste toujours ensemble." "On devrait peut-être être lesbiennes?", se demandent Enid et Rebecca, comme si ça pouvait être une solution.
L'une des filles du lycée commence une carrière d'actrice de seconde zone et fait des castings pour des séries télé, une autre a le visage dévoré par une tumeur. Alors qu'Enid s'est reteint les cheveux en vert, elle croise son ancien pote punk de ses 14 ans, Johnny, tête de nœud. Il porte maintenant costard et cravate, lui a fait un choix. Johnny fais-toi du fric.
Enid doit partir à la fac, le grand bond en avant. C'est la séparation annoncée. L'heure des toujours qui s'arrêtent. En fait, non, son dossier n'est pas accepté. Enid traîne dans les rues. Sur la porte d'un garage pavillonnaire, un grand tag: "Ghost World". Quand est-ce que commence le monde?
Enid, je la vois bien en train de se passer le pouce sur les lèvres. La grâce, quoi.
mardi 10 novembre 2009
Je viens d'attraper une commémorationite aiguë
Bah ici non plus, il ne s'est pas passé grand-chose. Et d'ailleurs, je n'étais même pas là, j'ai des photos qui le prouvent. Je propose donc d'instaurer une journée anniversaire pour fêter ça. Et je demande aux écoles de la République de rendre ce jour-là la lecture de "Beaucoup de bruit pour rien" obligatoire.
lundi 9 novembre 2009
Les sentinelles
Au Belgica, je traverse une marée de costauds bodybièrés, entre hommes, et joue des coudes pour atteindre le fond du bar. Inhalation de testostérone. Un s'effraie en riant à moitié: "Oh, une femme!" Devoir, pour s'en convaincre, se retrouver au fond d'un bar pédé dans une ville quasi inconnue.
En descendant cette rue pavée, une vieille arabe pousse du pied, comme elle shooterait dans un ballon, un sac plastique en boule, dans lequel il n'y a pas l'air d'y avoir grand-chose à part d'autres sacs plastiques. Fatigue. Bizarrement, elle ne remonte pas la pente en sens inverse et m'oblige à me contenter d'inventer des symboles à défaut de les voir se réaliser sous mes yeux.
A l'Archiduc, je lève mon verre dans un décor d'occupation décadente, balustrade, grands vases de fleurs et coupes de champagne sur un piano recouvert d'une couverture de latex noir, à côté de gosses qui parlent du championnat de foot français.
A l'intérieur de ce restau thaï, il lui donne du sirop à la cuillère, qu'elle avale, reconnaissante, en le regardant comme si elle allait lui gober les couilles.
Un type sort du Ladbrokes (une usine à paris), me dit: "Si tu veux perdre ta vie à jouer au tiercé, c'est ici qu'il faut entrer."
Au-dessus du skate-park flotte une corde à linge à laquelle sont pendues des paires de basket, entre les voies de chemin de fer et l'abbatiale.
Une dame en manteau gris fouille dans la caisse de mandarines comme une poule gratte la terre.
Cette statue dans les jardins du parc de Bruxelles, muscles de guerrier gainés dans un corps de sirène. De l'autre côté de la ville, un mannequin veille sur la tranquillité pluvieuse de la place de l'église aux alentours de midi.
Et pourquoi s'emmerder à faire des phrases pour une carte postale.
dimanche 8 novembre 2009
T'es toute nue sous ton voile

Hier, je postais cette photo sans commentaires et aujourd'hui, je tombe sur cette horreur dans les "Insolites" de Courrier International. Alors je ne résiste pas et je rajoute. Conclusion: c'est fou.
"En Somalie, le tchador se porte seins nus – sous peine de coups de fouet. Les Chebab somaliens ont banni le port du soutien-gorge. Ce sous-vêtement est anti-islamique, impur et offensant, ont décrété les miliciens radicaux qui contrôlent la majeure partie de la Somalie: le soutien-gorge trompe sur l’état naturel des seins, accentue les formes féminines et suscite des désirs sexuels. Les Chebab ont multiplié les points de contrôle, exigeant des femmes soupçonnées qu’elles sautent ou bougent le torse. Selon plusieurs témoins, écrit El Mundo, les gardiens de la charia brûlent leurs trophées en public pour “donner l’exemple”."
Deuxième conclusion: pour un même résultat (à poil), il peut y avoir des raisons totalement contradictoires à l'origine du brûlage de soutien-gorge.
Troisième conclusion (en forme de question fermée): est-ce qu'il effleure l'esprit de ces adeptes du tout-contrôle, que comme pour toute mesure visant à dominer/surveiller au plus près les corps, ils ne font que mettre en œuvre des images aussi absurdes que puissamment érotiques?
Quatrième conclusion: il n'y en a pas. J'ai du travail.
samedi 7 novembre 2009
Sur les boulevards
Il lui a mis une main sur l'épaule et elle s'est retournée. Jamais il n'avait été aussi près. Elle s'est dit pourquoi pas envisager une famille avec ce type, le laisser se glisser entre mes jambes, prendre sa part des tâches ménagères, raconter chaque soir son anecdote du jour sur ses collègues, picorer des pistaches à l'apéro avec un son plus vieil ami. Celui qu'il a connu en primaire, il pourra toujours compter sur lui.
Il l'emmène à la foire du Trône, une fois au salon nautique. Ils s'installent ensemble au bout de deux mois.
Imperceptiblement, il ne se satisfait plus de leurs étreintes. Il dit qu'il préfère les laisser profiter de leurs vacances, elle et le gosse, qu'ils restent dans cet hôtel, il ne prendra qu'une semaine. La famille, c'est sacré. Il commence à traîner sur les maréchaux, observer dans les phares les corps sur les trottoirs, adossés aux piliers des ponts, pendant que les feux tricolores changent de couleur. Il tapote du bout des ongles sur son volant en écoutant RMC info, les résultats des matchs, les commentaires des spécialistes. Vitres fermées. Il frotte machinalement son pouce contre son index. Sans bouger. Quand il prend conscience de ce geste, c'est l'heure de rentrer. Elle revient des vacances, les habitudes sont prises. Et puis les horaires, le surplus de boulot, tu comprends, je ne peux pas dire non, pas pour l'instant, la boîte est sous tension. Soirées sur les boulevards, dans l'ombre. Ce n'est qu'un passage.
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